Communistes

Ainsi, Marie-George Buffet considère que celles et ceux qui entendent contribuer en tant que communistes à la constitution d’une nouvelle force politique ne peuvent prétendre diriger le parti communiste français. Cela ne me semble ni illogique, ni scandaleux, ni surprenant. C’est plutôt l’effet naturel d’une certaine conception du parti et de la politique, de l’organisation et de ses rapports avec les citoyen-ne-s, et précisément la conception que les communistes unitaires et leurs partenaires dans la fédération en construction s’attachent à dépasser.

 

Dans cette perspective, il est plutôt logique qu’un parti qui choisit de ne pas s’orienter vers la construction d’une force nouvelle choisisse des dirigeants qui n’ont pas d’ores et déjà choisi de passer outre. Ici, le reproche que l’on peut faire à la secrétaire générale est d’avoir choisi l’enfermement des communistes dans une « vieille maison » qui a fait son temps ; mais pas de tirer la conséquence logique de ce choix.

 

Il est vrai que le parti communiste avait, depuis sa « mutation » admis le principe de sensibilités divergentes à tous ses échelons ; mais ce principe a opéré dans les faits comme un trompe l’œil, masquant mal le maintien de la tradition du « centralisme démo(bureau)cratique », et n’a jamais vraiment été dans sa logique réelle de fonctionnement.

 

Ce qui serait illogique, ce serait plutôt de prétendre diriger un parti dont on affirme bien haut qu’il n’est pas réformable, et dont on a constaté le rôle négatif qu’il joue dans les efforts de rassemblement de la gauche radicale, et de persévérer à y consacrer des efforts, du temps et de l’énergie militante.

 

Il peut y avoir de nombreuses raisons, pour les communistes unitaires qui sont encore membres du parti de ne pas vouloir le quitter : raisons affectives, personnelles, familiales, sociales… Parce que le grand-père a été fusillé par les Allemands, parce qu’on doit à la cellule du quartier de n’avoir pas été expulsé de son logement, parce que l’on ne veut pas peiner tel ou telle, parce qu’on a le souci de collectionner les cartes – même si je crois savoir qu’on ne renouvelle plus les cartes année après année. Mais je ne crois pas qu’il y ait aujourd’hui de bonnes raisons politiques pour ce faire.

 

Le souci le plus souvent exprimé à cet égard, et ce depuis bien des années, est de ne pas partir seul-e-s, de ne pas abandonner à une direction à la dérive les milliers de militant-e-s qui assistent impuissant-e-s à la dérive de leur parti. Ne pas partir, autrement dit, sans être en mesure de construire. Or, une part de ce souci me semble illusoire, et une autre me semble pouvoir être évité, si les communistes unitaires, ou en tous cas leurs représentant-e-s les plus connu-e-s, affirment de manière publique et avec clarté leur choix de s’investir dans une construction politique nouvelle, reposant sur une conception politique nouvelle – je pense bien sûr ici à la fédération en cours de constitution – au sein de laquelle un courant communiste pourra continuer à exister.

 

Ce qui me semble illusoire, est l’idée que la totalité, voire une majorité des militant-e-s du PCF qui regrettent les orientations identitaires et sectaires de la direction actuelles, lesquelles seront sans doute renforcées par le congrès de décembre, choisissent de « lâcher la proie pour l’ombre ». Les communistes unitaires elles et eux-mêmes, dont certain-e-s développent leur critique interne du PCF depuis plus de vingt ans, ont mis longtemps à tirer les conséquences de leurs propres analyses : ils et elles ne peuvent pas attendre que leurs choix d’aujourd’hui soient spontanément adoptés par celles et ceux de leurs camarades avec lesquel-le-s aucun débat approfondi et direct n’a pu avoir lieu. Il n’est pas inutile de rappeler que les communistes unitaires eux-mêmes n’ont pas d’emblée opté pour les solutions qu’ils proposent actuellement, et que, par exemple, ils ont un temps manifesté une certaine bienveillance pour l’opération « MAG », voire, pour certains d’entre eux, une participation active à cette initiative dont certains des principaux protagonistes se retrouvent significativement aujourd’hui parmi les promoteurs du PG, lequel, quelle que soit la portée du choix de Mélenchon et Dolez, demeure une construction politique « classique ».

 

Il y aura, au parti communiste, des déperditions, des démissions, des départs, qui ne sauront pas où s’investir, ou qui se porteront, deci-delà, sur le mouvement associatif, sur le NPA, sur le PG, sur le militantisme syndical, et aussi sur l’Aventin. On ne convaincra les communistes de s’engager sur la voie nouvelle que proposent les communistes unitaires et la fédération qu’en administrant la preuve qu’il y a là un espace ouvert à un véritable renouveau des pratiques politiques, en rupture avec l’avant-gardisme et avec les héritages partidaires du XXe siècle dans lesquels sont à un degré ou à un autre englués tous les autres projets alternatifs actuellement proposés.

 

Celles et ceux qui sont dans l’attente d’une « offre politique » nouvelle peuvent, suivant leur tempérament, se tourner vers le PG ou le NPA (si j’estimais quant à moi que tel était la seule alternative, je serais au NPA…). Mais le problème est justement celui de concevoir l’action politique comme une « offre », devant répondre à une « demande », celui d’une conception marchande de la politique, dans laquelle se maintient une séparation entre une « classe politique » et son « public », une séparation entre la politique et les citoyen-ne-s.

 

Cette conception « séparée » de la politique est à ce jour dominante dans la vie politique française, y compris au sein de la « gauche de gauche » (PCF, NPA, PG…). En y apportant une critique radicale, les communistes unitaires, comme leurs partenaires du projet de fédération, choisissent une voie étroite, mais à mon sens la seule pertinente dans la perspective d’une transformation sociale, qui ne peut reposer seulement sur une transformation des politiques publiques menées par l’état, mais doit au contraire se soutenir d’une participation politique et sociale massive de la part des citoyen-ne-s.

 

Il importe à la fois de donner le signe que quelque chose est possible, et que ce quelque chose passe par une critique et un dépassement des formes dominantes de la politique. De ce point de vue, la réunion du 13, si elle est couplée avec une déclaration spectaculaire des militant-e-s les plus connu-e-s des communistes unitaires, peut être d’un grand apport. Et les communistes, hors de la "vieille maison", pourront enfin faire avancer la politique communiste.

 

 Laurent Lévy

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