L’écologie
antilibérale
Entretien exclusif avec Francine Bavay,
Animatrice de l’association Alterekolo, membre du « Grenelle alternatif et citoyen ».
PIB : Quel bilan dresses-tu du « Grenelle de l’environnement » ?
Francine Bavay : Il est positif que les questions environnementales soient effectivement posées. Il est positif que les associations qui alertent depuis 20 ans soient reconnues. Mais la méthode est inacceptable : le débat a été bâclé. En fait, M. Sarkozy a choisi les participants.
PIB : Est-il possible d’avoir une écologie urbaine? Ou bien l’écologie se limite-t-elle à la campagne ?
Francine Bavay : Il faut une écologie urbaine. On ne peut pas séparer production, consommation , environnement et mode de vie. Donc, au niveau de la ville, quand on conçoit un urbanisme, il faut prendre en compte les modes de vie des utilisateurs : que les lieux où ils vont travailler et vivre soient au plus près, par exemple. Il faut aussi avoir plus conscience des dangers des activités sur l’environnement.
PIB : L’écologie est-elle un projet cohérent de société ?
Francine Bavay : la protection de l’environnement protège aussi les individus qui y vivent ou qui en vivent. Dès lors, on protège la santé bien sûr, mais aussi la sécurité quand on pense par exemple à AZF. L’approche écologique, à partir de là, permet de poser toutes les questions politiques. C’est en cela que l’écologie politique doit devenir centrale pour la gauche et est une approche fondamentalement démocratique. C’est aussi ce qui nous fait refuser le Grenelle tel qu’il a eu lieu.
PIB : Tout le monde se déclare « écologiste », mais la pollution se poursuit, les voitures restent massivement utilisées, etc. N’est-ce pas contradictoire?
Francine Bavay : On voit que si l’écologie est politique, il faut dépasser les mesurettes du Grenelle officiel. faut mener des batailles pour un plan national de réhabilitation des logements, et la réduire la consommation énergétique. Mais il faut aussi concevoir des éco-quartiers où l’on fasse cohabiter des activités les moins polluantes possible et des habitations. Il faut limiter l’utilisation de la voiture, en la limitant au cas où elle est indispensable. Ainsi, il y a une inégalité d’accès aux transports en commun selon que l’on habite une zone dense ou non, alors que le service public devrait être accessible à tous et permettre ainsi d’abandonner son véhicule individuel.
PIB : Où la France en est-elle sur les OGM?
Francine Bavay : Sarkozy a fait un effet d’annonce en parlant de « révolution écologique »… Il a arrêté la commercialisation du maïs pesticide, le « MO180 ». Mais il lui reste à faire appel à la clause européenne de sauvegarde… Le fera-t-il? D’autre part, un moratoire sur des semailles pendant l’hiver, ça fait rire… José Bové a fait le pari de dire : « on attend de voir » mais il est de nouveau menacé d’être incarcéré alors que c’est lui qui a alerté sur cette question… C’est une vraie incohérence du gouvernement… On sait d’autre part qu’il ne peut pas y avoir de cohabitation Bio / OGM ni même agriculture traditionnelle / OGM : on ne pourra pas interdire aux abeilles de butiner différentes plantes... Le gouvernement devrait donc interdire les OGM s’il voulait être « écologique ».
PIB : Et sur le nucléaire civil ? Le PCF continue de le défendre par exemple.
Francine Bavay : Dans tous les « Grenelle alternatifs », la question du nucléaire est venue. Si l’on pense qu’il faut protéger les biens communs de l’humanité (l’air, l’eau, etc.) pour les générations futures, il faut aussi l’appliquer au nucléaire. On ne peut pas laisser des déchets ultimes comme un chien enterre ses excréments. Il faut rompre avec l’approche nucléaire. Le nucléaire représente 7% de l’énergie mondiale, et on le présente comme un remède à l’effet de serre : doit-on construire des centaines de nouvelles centrales et les déchets ultimes qui vont avec?! Il faut développer les énergies renouvelables et réduire la consommation énergétique. Le risque est grand aujourd’hui en France -en cas d’incident nucléaire- qu’on se retrouve face à une crise énergétique d’ampleur inégalée...
PIB : Le baril de pétrole à 100 dollars, est-ce la fin d’un certain développement ?
Francine Bavay : Le prix du pétrole alerte. l faut faire payer l’énergie à son prix. Mais ce n’est pas à la hauteur des enjeux. Il faut surtout prendre conscience que le pétrole est en train de se raréfier. Ce ne sont pas les populations des pays producteurs qui profitent du prix élevé, ce sont les multinationales dans le système capitaliste mondialisé qui en profitent pour chercher d’autres ressources, bitumes par ex. Les pouvoirs publics, eux, doivent chercher des solutions alternatives avec des énergies renouvelables. Il n’y a pas aujourd’hui de solution alternative globale mais il faut cesser de freiner la recherche : même si on ne trouvera pas des solutions à tout, on a bien su développer la recherche nucléaire, il est temps d’inverser la tendance en faveur des énergies renouvelables.
PIB : Le nouveau « traité européen » ressemble beaucoup à l’ancienne constitution rejetée par référendum. Le non était-il inutile? Que faire désormais?
Francine Bavay : Nous nous sommes toujours battus contre le déficit de construction démocratique européenne. Il faut continuer. Ce qu’un référendum a défait, seul un référendum peut le faire. Le respect du peuple exige de la part de députés qu’ils s’abstiennent ou votent contre.
Le site :
http://alter.ekolo.org/