Gilles Alfonsi emancipation

                                                                                                                

Pour l’émancipation

 

Entretien exclusif avec Gilles Alfonsi,  

 

Animateur des « Communistes unitaires ». Il est par ailleurs co-rédacteur en chef d’un site internet, www.combatenligne.fr.

 

PIB : Quelle est ton appréciation de la situation politique ?

 

Le PDG de la France est confronté à une montée des résistances, avec le développement de mouvements nombreux, et relativement importants, bien au-delà de la mobilisation des seuls salariés concernés par la réforme des régimes spéciaux. Or, de nouvelles mobilisations se profilent pour le début de l’année.

La situation comporte des incertitudes, mais il est illusoire de penser que le rapport de force actuel est suffisant pour « ralentir » Sarkozy. Ayant été élu pour son volontarisme politique, il est probable que l’augmentation de la résistance le conduira à durcir le ton et sa politique. Il reste donc pertinent de s’apprêter à faire face à une violence politique que la France n’a pas connue depuis l’après-guerre.

 

PIB : Et la gauche ?

 

La crise de la gauche est existentielle : elle n’a aucun projet digne de ce nom et ne porte aucune alternative. Le Parti socialiste poursuit sa mutation social-libérale. Sur l’essentiel des réformes en cours, le PS ne s’exprime nullement comme une force portant une alternative politique, d’autres valeurs, même si en son sein continuent d’exister et de s’affronter des courants aux orientations contradictoires.

La LCR entend occuper l’espace protestataire, mais son projet ne suscite guère l’enthousiasme.

Le Parti communiste est inaudible, et largement démobilisé. Il est aussi très divisé entre des lignes opposées. Il me semble que le pari initial des refondateurs communistes, qui consistait à vouloir transformer le PCF « sur lui-même » a vécu, comme ils le disent eux-mêmes. La rupture avec la matrice du parti du 20ème siècle doit passer par une rupture avec l’organisation communiste dont se sont dotés les révolutionnaires en 1920.

 

PIB : Où en est la gauche de la gauche ?

 

La vraie gauche est pour le moment éparpillée. Son échec calamiteux lors de la présidentielle a laissé des séquelles importantes. Depuis la rentrée, un refrain nouveau a commencé à s’affirmer, notamment autour de la nécessité de voir émerger une nouvelle force politique de transformation sociale.

Deux initiatives significatives ont eu lieu dans la dernière période : le club « Maintenant à gauche » a organisé une journée de débat à laquelle a participé une intéressante diversité de courants de pensée, et les « Assises des collectifs antilibéraux », qui se sont tenues ont confirmé la naissance d’un espace organisé dédié à la convergence des collectifs antilibéraux. Ces deux initiatives proposent l’organisation d’Etats généraux de la transformation sociale en 2008. Il est maintenant nécessaire que l’ensemble des acteurs possibles d’une telle initiative, particulièrement ambitieuse, se parlent et se mettent à travailler ensemble.

En ce qui concerne les Communistes unitaires, nous sommes présents dans les différentes initiatives, et nous plaidons pour la relance d’un processus unitaire dès que possible.

 

PIB : Que veulent les Communistes unitaires dans cette période ?

 

Nous sommes des militants de l’émancipation, notre engagement est motivé par la volonté de lutter contre toutes les dominations, en faisant du développement des libertés individuelles et collectives et de l’éducation le cœur d’un nouveau projet et de l’action politiques. Nous ne décrétons pas l’abolition du capitalisme mais nous pensons absolument nécessaire le dépassement de ce système fondamentalement inégalitaire. Pour beaucoup d’entre nous, la référence au communisme dit avec force cet engagement. Elle fait la différence avec le positionnement, au demeurant respectable, des sociaux-démocrates d’aujourd’hui.

Des débats de fond ont commencé, par exemple concernant le rôle de l’Etat. Nous sommes confrontés à une sorte de contradiction, que je résumerai sommairement ici : d’un côté, les progressistes se revendiquent en faveur de droits fondamentaux, généralement garantis par l’Etat ; de l’autre nous ne cessons de dire que l’appropriation des pouvoirs est un enjeu central de la transformation de la société. Or, l’Etat est par excellence une institution qui s’approprie et qui exerce du pouvoir, c’est-à-dire que l’Etat est un instrument de dépossession des citoyens.

Le problème est d’élaborer une autre conception du pouvoir, de favoriser l’appropriation concrète des pouvoirs par la société (par les citoyens), ce qui suppose d’en finir avec l’étatisme et en fait avec toute une culture délégataire qui contribue à déposséder les citoyens. Ce type de débats peut être intéressant si nous les menons en lien étroit avec les luttes sociales et la construction de projets (du local au global, comme on dit).

 

PIB : La vie politique va-t-elle demain être polarisée entre deux pôles, l’un conservateur, l’autre social-libéral ?

 

C’est la grande question de la période. Nous devons faire le pari de l’émergence d’un troisième pôle, le pôle de la gauche de transformation sociale. Il me semble qu’aux yeux de nombreux citoyens le système politique est épuisé et les formes traditionnelles de la politique sont « out ». Le désir de voir émerger d’autres possibles me semble un puissant moteur pour la suite. Il est clair que cela nécessite de s’inscrire dans une perspective longue, car ce sont des cultures politiques profondément ancrées qui sont à dépasser. Cela suppose aussi d’être déterminé en ce qui concerne la nécessité de la convergence et de l’unité entre les forces organisées et les citoyens pour faire avancer une nouvelle conception de la politique.

 


 

Dernière mise à jour de cette page le 25/05/2008