Roger Martelli

Compte rendu de l'intervention de Roger Martelli à un débat organisé à Echirolles par les communistes Unitaires de l’Isère le 25 juin 2007

 

 

Dabord, la question du communisme n’est pas abstraite c’est une question qui existe dans un contexte. Le contexte c’est cette terrible défaite de la gauche, cette victoire d’une droite décomplexée qui a réussi la fusion entre ultralibéralisme assumé et les valeurs conservatrices ce qu’elle n’avait pas réussi jusque là. C’est une véritable contre révolution libérale qui se met en place en France à la manière de ce qui s’est passé ailleurs avec Thatcher, Reagan, Berlusconi. Face à cette droite dure, une des tentations serait de recentrer la gauche comme cela se fait ailleurs en Europe, mais cela ne ferait qu’accentuer les contradictions, l’affaiblissement des mobilisations populaires et l’aggravation de la crise politique.

Au contraire il s’agit de construire une gauche de transformation sociale qui ne soit pas sur une ligne d’accommodement ce qui implique de se poser deux questions, est t’il possible d’envisager  une gauche de transformation sociale a vocation majoritaire durable d’une part, et d’autre part y a-t-il une place pour le communisme dans ce cadre  là ?

En effet la place du communisme ne saurait être l’ensemble de la gauche de transformation sociale comme cela a pu être dans le passé de 1945 à 1981. Et nous devons nous en réjouir, c’est une richesse que la critique du capitalisme soit aujourd’hui plurielle et que d’autres critiques que celle du mouvement ouvrier se soient  développées, comme la critique altermondialiste (héritière du tiers mondisme) ou la critique anti-productiviste. Ces différentes critiques sont différentes à la fois par leur contenu mais aussi leur pratique.

La gauche de transformation sociale à venir sera donc nécessairement plurielle avec plusieurs composantes. C’est dans ce cadre là que nous pouvons donc poser la question de la place du communisme comme composante de cette gauche là.

Qu’est ce qui définit donc le communisme comme mouvement politique concret de critique sociale et de manière constante depuis un siècle et demi ? Essentiellement ces 3 affirmations :

 

        Pas de modernité dans une société régie par les lois de l’économie, sur l’exploitation, sur l'aliénation. Il faut se placer dans la perspective de l’abolition de ces logiques de domination et d’aliénation. L'anticapitalisme se nourrit d’une conception, d’une logique de société alternative qui reposerait sur le développement de chaque individu.

 

        Pour parvenir à cette abolition il faut de la lutte et de la contestation, il faut se placer dans une perspective de rupture. Il n’y a pas de solution à l’intérieur du système actuel. Dans ce système on peut atténuer les effets mais il n’est pas possible de produire la négation de ce système qui est inégalitaire par nature. Pour affirmer nos valeurs : responsabilité, autonomie, égalité, le système doit être contredit radicalement. Il y a donc un besoin de révolution. Le communisme doit être révolutionnaire.

 

        Pour produire de la contestation critique de l’alternative réelle, et pas seulement abstrait au delà des luttes immédiates il faut s’inscrire dans le champ politique. La critique du capital doit être dans l’espace politique. Il faut donc s’inscrire sur le terrain politique. Et cela débouche sur une activité politique et donc sur « un parti communiste »

 

 

Ces 3 affirmations là restent aussi vraies qu’en 1848 au moment de l’écriture du manifeste du parti communiste. Mais si ces trois affirmations sont plus vraies que jamais,  elles ne peuvent plus être posées avec les mêmes termes. L’exploitation et la domination, le développement de la critique et les pratiques de contestation ne sont plus celles du 19 et 20éme siècle. La rupture ne peut plus être envisagée de la même manière. Les tentatives  de transformation sociales du 20ème siècle n’ont pas débouchés. Il faut donc imaginer d’autres formes. Il faut imaginer autre chose qu’une prise de pouvoir politique « verticale », une prise de l’État. Il faut imaginer un mouvement, une autre manière de s’inscrire dans le champ politique, en phase avec l’époque actuelle où la démocratie représentative est en crise, une manière de la dépasser.

 

 

 

Il faut penser ces 3 affirmations dans leur novation. Il faut être à la fois dans la continuité, dans une trace et à la fois dans la transformation de cette tradition, d’où nécessité de refondation. Il y a nécessité d’action collective. Un communisme non nourri par de l’action collective serait  du communisme virtuel. On peut imaginer un individu communiste dans un mouvement qui ne l’est pas mais c’est limité. Il ne faut pas que ce soit juste un mot. Il faut une organisation, du collectif. Il faut donc du « parti communiste » mais cela ne veut pas forcement dire  le parti communiste d’aujourd’hui. Du temps de Marx la signification de partis politiques n’étaient pas la même qu’aujourd’hui. La  structure à laquelle ils se référaient mêlait politique, syndicat, association. Le parti communiste du 20éme siècle a pris des formes différentes, celui du modèle bolchevique. Mais aucune forme n’est éternelle, à chaque époque correspond un type d’organisation. Nous sommes dans un de ces moments historique  de bifurcation ou nous devons remettre en question les formes.  Si nous restons sur le modèle actuel nous nous installons dans une marginalité qui le rendra  inefficace et le parti communiste ne sera plus qu’une bute témoin, un patrimoine de l’histoire.

 

 

Pour revenir à la question quelle place pour le communisme dans la gauche de transformation sociale elle dépendra de la forme de celle-ci. Si elle a une organisation confédérale avec des organisations indépendantes, alors le parti communiste  sera une de celle-ci. S’il s’agit d’une force plus intégré (une sorte de parti) alors les communistes seront une tendance à l’intérieur de cette organisation. Il y a nécessité de créer cette force sinon nous laisserions l'espace au social libéralisme. L’espace communiste doit produire des projets, des méthodes, irriguées par la référence communiste.  Il faut se référer à ce mot, se référer a cette tradition, car il n’y a pas d’autres mots qui synthétisent avec autant de force la critique communiste. Ce collectif communiste ne peut être utile que dans la reconstruction d’une gauche de transformation sociale.

 

 

Il y a besoin d’audace nous savons ce qu’il en est. Quelque chose a de toute façon déjà disparu. Pendant plusieurs années le parti portait à la fois une critique radicale et dans le même temps cette contestation était portée à l’intérieur de l’espace politique. Le parti communiste était un grand parti qui représentait 25% de l’électorat. S’il s’habituait à terme à être un petit parti alors le meilleur de ce parti n’existerait plus c'est à dire cette capacité à porter la contestation à l'intérieur du système. Il ne lui resterait plus que la critique depuis l'extérieur, il s’enfermerait dans une posture de contestation. Si cela était le cas alors ce serait de très mauvais augure  pour la gauche de transformation sociale dans son ensemble.