Ce n’est pas nécessairement le début d’un redressement de toute la
gauche – sociale et politique – mais ne doutons pas que le 3 octobre
il s’est passé quelque chose de prometteur. La première leçon à retenir
de cette votation citoyenne est celle de l’efficacité de l’unité. Parce
que plus de 60 organisations – sociales, politiques, syndicales – se
sont rassemblées pour faire reculer le gouvernement sur son projet, la consultation
proposée a atteint le seuil de crédibilité qui conditionne l’engagement militant et
la participation des citoyens. En moins de cinq jours, sur les marchés et dans les
entreprises, dans des bureaux de vote et dans des mairies, plus de 2 millions de citoyens
âgés de 16 à 116 ans, de nationalité française ou non, ont glissé un bulletin
dans l’urne pour dire leur avis sur l’avenir de La Poste. Il est évident que la participation
de très nombreux élus, de collectivités locales a contribué matériellement et
politiquement à ce succès.
On retiendra aussi que la défense d’un service public est réellement prise en charge
par les populations et non pas déléguée aux agents de ce service. Ce n’est plus
si fréquent. Mais c’est certainement la condition incontournable pour créer les rapports
de force nécessaires.
Les résultats du vote sont également éclairants. Plus de 90 % des votants ont dit
« non » au projet gouvernemental. Il ne fait plus de doute dans l’esprit de nos concitoyens
que l’ouverture du capital annonce une privatisation et la remise en cause du
service public. Cette opinion était également vérifiée par un sondage cette semaine.
C’est un pas politique et idéologique considérable. La page de la gestion « gauche
plurielle » se tourne. Le parti socialiste devra en tenir compte et en tirer des conséquences
de rupture avec la forme molle de social-libéralisme qui – faute d’autre
pensée – continue de dominer son discours « réaliste ».
On relèvera aussi que cette semaine s’est inventée une nouvelle forme de mobilisation.
Pour la première fois, une votation citoyenne organisée par le « bas » permet de
faire entendre la voix de tous, ceux des villes et ceux des campagnes. Elle renoue
avec une démocratie vivante, attractive. Elle allie démocratie et lutte.
On peut espérer lui trouver des prolongements dans l’application du nouveau principe
de référendum d’initiative citoyenne… dès que les lois d’application de la réforme
constitutionnelle seront proposées. C’est en effet le seul point de la réforme
de la Constitution qui n’a pas encore de traduction législative.
Dans les prochains jours, de nouvelles initiatives seront proposées par la coordination
nationale de défense de La Poste. Espérons qu’elle saura trouver une nouvelle
fois la martingale de la réussite : la participation du plus grand nombre sur des bases
claires. EMILIE RAPEL