Pourquoi l'ANRU de Borloo est un piège?

I - “Borloo s’attaque enfin à la banlieue

L’idée reçue sur laquelle est bâti le système de le Rénovation urbaine selon Borloo, c’est que les quartiers populaires doivent être profondément transformés pour corriger leur “exclusion” et leur pauvreté. La force du pouvoir a été que cette idée fausse était partagée, y compris au sein de la gauche.

Que des quartiers entiers soient considérés comme “problématiques”, comme des “verrues”, comme des “zones de non-droit” montre assez la rupture entre notre peuple et ses prétendues « élites » !

1ère catégorie : les visionnaires

C’est ainsi que les projets sont souvent conçus par des élus et des techniciens qui se méfient de la “masse”. C’est ainsi que les habitants auront à subir les visionnaires géniaux ayant décidé à leur place ce qui serait détruit, ce qui serait repris et ce qui serait construit (plus rarement).

2ème catégorie : les gentils gestionnaires

Dans ces projets, on trouve uine deuxième catégorie : les “gentils gestionnaires”, qui laissent faire parce que “les problèmes sont complexes”...

Ceux à qui on ne pense pas : les habitants acteurs

Face aux “propositions” de “rénovation”, aussi, des habitants dans les quartiers, découvrent des projets qui les excluent et les méprisent, et se rebellent. Plusieurs de ces collectifs, parfois des amicales CNL, des mal-logés, se sont regroupés dans la “coordination anti-démolition violente et non concertée des quartiers populaires d’Ile-de-France”. Le titre est clair.

En se mêlant de l’urbanisme, ces habitants ont dérouté ceux qui les oubliaient naturellement. D’ailleurs, on est obligés de remarquer un lien entre le refus d’entendre des habitants et leur poids électoral : dans le cas d’un des immeubles promis à la destruction, on pouvait remarquer que seulement 25% des habitants pouvaient voter, les autres sont étrangers.

II – Quelques bêtises à la mode...

 

- On ne demande pas aux habitants d’un quartier populaire s’ils veulent qu’on détruise leurs immeubles : c’est pour leur bien... Mais les habitants eux-mêmes ont pu montrer qu’ils refusaient d’être caricaturés. Et on se rend compte que la réalité est parfois différente des idées dominantes (“Ici, il y a de la solidarité”, “on détruit d’abord là où il y a des immigrés, ce n’est pas pour l’urbanisme ou la sécurité”).

- Il faut réhabiliter (« moralement » ?) ces quartiers. Face à cette idée reçue, la priorité des habitants a plutôt tendance à être de demander des logements pour répondre à la crise du logement. Est-ce que cela finira par être entendu ?

- Il fallait bien faire quelque chose... En voulant absolument, sans concertation, “résoudre” le “problème” de la “banlieue”, le gouvernement a surtout empêché une vraie réflexion et de vrais projets. Rares sont les quartiers où la contestation des projets a abouti à la construction de projets alternatifs. Cela a pourtant été le cas à la SEMIDEP de Bondy-nord. Et là, les habitants savent qu’ils peuvent changer les choses...

- “Désenclaver” : un passage plus fluide des voitures extérieures permet que les quartiers et leurs habitants soient plus “ouverts”. N’oublions pas que pour certains, c’est l’occasion de faire entrer les CRS dans les “zones de non-droit”, que ce soit contre les délinquants réels, ou les jeunes des halls, voire les émeutiers suite à l’assassinat de jeunes par la police.

- “Dédensifier” permettrait de résoudre le plus gros problème de ces quartiers : il y aurait trop d’habitants par mètre carré au sol... Pourtant, est-ce que le problème n’est pas que les logements soient trop petits, que les moyens soient insuffisants pour vivre ? Avez-vous jamais entendu les Parisiens se plaindre de ne pas tous vivre en pavillon ? Le problème n’est pas d’abord les immeubles...

III - La question du communisme

En quoi le débat sur l’urbanisme, et en particulier les luttes dans le cadre de l’ANRU, touchent-elles au communisme ?

Le communisme aspire à l’autogestion, aspire à ce que les dominés ne le soient plus, il veut la démocratie participative... La question du communisme est donc bien au coeur de cette actualité.

Face à l’ANRU, être communiste, c’est donc lutter contre les comportements délégataires, l’auto-dévalorisation des classes populaires...

C’est une question de valeurs. En effet, à nos yeux, qui a de la “valeur”? L’auto-proclamée “élite visionnaire” ou les dominés?

On peut rappeler que les habitants concertés sur un projet ont évidemment produit des idées tout à fait intelligentes. C’est important : à l’inverse, faire un projet sans les habitants, c’est encourager leur domination, c’est confirmer l’échelle de valeurs des classes dominantes.

La réaction d’habitants et d’association qui revendiquent de sortir du statut de l’indigénat, qui aspirent à décider de leur environnement produit du communisme.

Alors que la question de l’aménagement des quartiers a longtemps été l’objet d’un tabou (« tout le monde » se prononçait généralement pour les destructions), l’arrivée des habitants sur le devant de la scène pourrait rappeler l’intrusion des citoyens dans le débat sur la Constitution européenne...

Ah, les citoyens, s’ils n’étaient pas là, ce serait plus facile pour le Pouvoir...

Vincent Duguet, Militant des mal-logés et coordinateur du Collectif Communiste de Bondy

Paru dans Point Infos Bondy n°9, juin 2005.

Dernière mise à jour de cette rubrique le 31/03/2008