Vous avez dit « démocratie participative » ?

Vous avez dit « démocratie participative » ?

….Et ça ne marche pas à tous les coups. Les sceptiques en tirent hâtivement la conclusion que c’est un leurre et que rien ne vaut de « bons décideurs » bien éclairés et ceux qui avaient mis leurs espoirs dans le renouveau se sentent « trahis » par la vie.

Essayons modestement de cerner où sont les obstacles et surtout s’ils anéantissent les espoirs de renouveau des pratiques démocratiques ou si au contraire, les difficultés rencontrées ne signalent pas que l’offre présentée ne sort pas suffisamment de l’ordinaire.

La difficulté vient que l’on se déplace que lorsque l’on est à peu près sûr que cela débouchera sur un mieux pour soi et les siens ou l’idée que l’on se fait du monde. Tant que l’on n’a pas un minimum de confiance en ses capacités de peser et un minimum de projet, que vaut vraiment le déplacement ? Entre « un minimum de confiance en ses capacités de peser » et «un minimum de projet », je suis bien incapable de dire quel est le premièrement et le deuxièmement, tant ces deux aspects sont interactifs. Mais il est clair pour moi, que tout commence par les relations étroites qui s’attaquent à ces deux problèmes. Or, je ne peux m’empêcher de remarquer que la plupart du temps, l’appel à la démocratie participative vient d’élus. Cette volonté de partage du pouvoir les honore réellement mais n’empêche pas que le processus ne part pas des intéressés eux-mêmes et que seuls ceux qui sont déjà les plus familiers avec les espaces institutionnels ( qu’ils y soient favorables ou hostiles, peu importe, ils les connaissent) sont en situation d’entendre cet appel. Au fond, l’appel à une démarche autogestionnaire est souvent lui-même « insuffisamment » autogestionnaire.

Créer le besoin de participer, car c’est certainement de cela dont il s’agit, passe par un échange permanent sur un pied d’égalité entre des espaces militants citoyens et ce qu’ils proposent et « les gens » cherchant (ou ne cherchant plus) comment améliorer leur situation. Or ces « gens » doutent de leur savoir et de leur capacité à produire du neuf. C’est le va-et-vient qui peut commencer à produire dans le même temps de la confiance en soi et du projet. Par projet, je n’entends pas seulement « objectif immédiat » mais « conception du monde » qui donne ou pas de la dignité. C’est au fur et à mesure que cette dignité se construit que la confiance en soi grandit et avec elle un sentiment d’autonomie et d’être capable de participer à l’espace public. Et c’est seulement au cours de cette démarche que la perspective de participer à la décision de l’institution prend du sens.

Cependant cela veut dire aussi que commencer « petit » n’est pas un signe d’échec. Car commencer avec celles et ceux qui sont les plus familiers avec le fait institutionnel ne suffit certes pas, mais permet à ces hommes et femmes qui ne sont pas des élu(e)s de devenir à leur tour des forces d’entraînement dans le quartier.

Les expressions de colères qui traversent le département actuellement montrent  que les « citoyens anonymes » ont besoin de passer de cette colère à leur propre production d’espoir. Ce besoin pèse suffisamment pour que toute démarche partant des mouvements tels qu’ils sont, finisse par s’étendre.

Pierre Zarka

 

Paru dans Point Infos Bondy n°13, novembre 2005.

 

 

 

Dernière mise à jour de cette rubrique le 31/03/2008